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La Maison Forte

Matthieu Molet

Arpenter, du point et de la graine au territoire vivant.

Printemps 2020

Des nuages de points (printemps 2020)

Matthieu Molet explore le champ du relevé des espaces et des morphologies. Au cours de ses études d’architecture, il s’initie à la représentation de l’espace, au traitement des images vectorielles et matricielles, à la modélisation tridimensionnelle et à différentes techniques de relevé.

Lorsqu’il découvre la photogrammétrie, un processus de photo-modélisation par interprétation logicielle, il y voit la possibilité de plier le réel aux codes de la représentation architecturale. Grâce à cet outil, les formes les plus complexes deviennent des objets numériques immatériels et manipulables. La numérisation abolit les contraintes du monde physique ainsi que celle du regard humain et ouvrent les possibilités d’autres points de vue : angle impossible, suppression des perspectives, retournement des surfaces ou déformation oblique entre autres. D’abord supports analytiques, les documents produits se chargent peu à peu d’un caractère mystérieux qui alimente l’imaginaire du spectateur tant la lisibilité de l’objet relevé peut parfois être brouillée.

À La Maison forte, Matthieu inspecte la morphologie interne du bâtiment, les anomalies architecturales, les surimpressions de détails témoignant d’une histoire évolutive et complexe de ce lieu pluri-centenaire. En générant ses nuages de points, il échantillonne l’architecture de la maison en tentant d’élucider son histoire matérielle.

De la graine au territoire, l’arpentage de nos communs revisités (été 2021)

En arpenteur, Matthieu continue son exploration à travers champs. Par les chemins de traverse qu’il emprunte, il éclaire comment l’on se défait de nos espaces de vie et interroge notre capacité à faire corps vivrier avec un territoire à l’aune de son ultra fonctionnalisation. Il propose ainsi l’exploration de l’autonomie recouvrée d’un territoire, une autonomie vivrière cette fois, à la recherche d’une simplicité et d’une richesse étonnante. Au cœur de son arpentage une série de questions en rafale : comment peut-on subsister quand on dépend de quelques graines ? Comment ces graines deviennent plantes, outils, aliments, textiles ? Qu’est-ce que ces cultures créent comme vocabulaires, comme toponymies ? Comment est-ce qu’on gringonne avec le gringon ? Qu’est-ce que l’usage de ce balai végétal dit de l’espace et du temps ?  Ses recherches sont si minutieuses, cartographiées et référencées que Matthieu pourrait donner le sentiment de simplement ressusciter les arts et traditions populaires du territoire. À l’inverse, son approche est profondément poétique et contemporaine. Ses arpentages, ouverts à toute bifurcation, sont comme une carte miroir qui interroge la distance qui nous sépare des espaces où vivre reste possible, là où le vivant est inconfortable, certes, mais où il se révèle sous chacun de nos pas.