ARTS ET SCIENCES
Comment, par la rencontre, le débat et la création, questionner la recherche scientifique et artistique, leurs enjeux dans un monde abîmé ?
Anne Penders est auteure et réalisatrice, docteure en histoire de l’art dont les recherches et la création se déploient autour du concept de déplacement. Solenn Patalano est biologiste, spécialiste de l'adaptation des insectes pollinisateurs. Depuis leur rencontre à Athènes en 2017, elles entretiennent un dialogue singulier où les mots — mémoire, habitat, bruit — circulent de l'éprouvette à la page blanche.
Elles sont venues pour explorer ce « Peripou » (le « à peu près » en grec) : cet espace d'approximation assumée où l'art et la science tentent de s'accorder sans se lisser.
Peripou
« En grec, peripou signifie « environ », « près de », « autour de » employés dans le sens de « plus ou moins », « à peu près » mais aussi de « à propos de »… En français, ces termes se rapportent à l’espace, à la distance, à l’étendue… Il se réfère à quelque chose de vague, englobe la possibilité de l’imprécision dans le détail, l’évidence d’une approximation (assumée !) et cela nous intéresse. A fortiori dans une relation à une recherche scientifique. »
La résidence à La Maison forte n'avait pas pour but de produire une réponse unique, mais de déplier un matériau accumulé durant sept ans. L'enjeu était de taille : comment transformer une conversation infinie en une histoire transmissible ? En confrontant leurs doutes au quotidien de la maison, elles ont fait de la rencontre elle-même leur objet d'étude. Ce n'est pas seulement la biologie ou l'art qui a progressé ici, c'est la méthodologie du "faire ensemble", y compris dans le dissensus.
Loin de rester dans l'abstraction, Anne et Solenn ont utilisé le domaine comme un laboratoire à ciel ouvert. Solenn a entamé un inventaire de la biodiversité des insectes en résonance avec le pôle agroécologie de La Maison forte, tandis qu'Anne captait l'invisible du lieu : le bruissement de la petite forêt et les reflets du réseau d'eau à travers l'œil d'une caméra Super 8. Cette synergie, nourrie par des échanges avec les jeunes de l’École ETRE, a permis de structurer ce qui deviendra un livre à quatre mains (à paraître en 2027).
Ce que cela nous inspire : la véritable interdisciplinarité ne consiste pas seulement à partager des résultats, mais à partager ses doutes. C'est cette mise en commun des incertitudes — celle de la scientifique face à l'environnement et celle de l'artiste face au récit — qui crée une base solide pour construire la suite. Elles nous laissent avec cette conviction : pour qu'un futur soit désirable, il doit accepter d'être construit sur la confrontation de nos savoirs et la reconnaissance de nos fragilités.
Rencontrez les lors du Bazar # 3 : Paysages en lien