La Maison Forte

Jason Gondoneau, artisan-forgeron, fondateur de Tibrazié

Nom : Jason Gondoneau
Métier : Artisan-forgeron, fondateur de Tibrazié
Lieu d'activité : Villebramar - Lot-et-Garonne

Parcours professionnel

Jason était un enfant en grande difficulté scolaire, souvent stigmatisé, accumulant les “dys” (dyslexie, dyspraxie, etc), il a dû affronter très tôt le rejet et le doute. « Ma prof principale de 6e disait à la classe de ne pas devenir comme moi s' ils voulaient réussir », raconte-t-il. Mais c’est dans le travail manuel qu’il trouve peu à peu sa voie. Après plusieurs stages peu concluants, il entre chez un menuisier ami de la famille, et là, c'est le déclic : « J’ai adoré. Il m’a tout appris. Je voulais l’appeler “maître” tellement je l’admirais ».

Il obtient un CAP, puis un Brevet Professionnel de menuiserie. Jason, qui n’avait jamais cru en lui  jusque là, devient major de sa promo. En parallèle, il découvre la forge, installe un atelier de fortune dans un poulailler, et commence à apprendre en autodidacte, grâce aux réseaux sociaux et aux échanges entre passionné.e.s.

Fort de ces premiers apprentissages, il se lance sur les routes avec une envie de liberté et d’indépendance. Ce souhait se traduit par un tour de France qu’il choisit de faire sans argent pour aller à la rencontre des gens, partager ses savoir-faire et en apprendre de nouveaux. Cette expérience, qu’il répètera plusieurs fois, lui permettra d’apprendre des compétences en permaculture, en joaillerie, en mécanique, en électronique et même de devenir moniteur de parapente !

Aujourd’hui, il est co-fondateur de Tibrasié, entreprise qui fabrique des poêles à bois adaptés aux habitats mobiles. Il cogère également un bar associatif avec sa famille, tout en poursuivant sa quête de sens.

Motivations et définition de la réussite professionnelle

Ce qui anime Jason, c’est avant tout la liberté de créer, de transmettre et d’être utile. Loin des parcours classiques ou de la logique carriériste, il cherche à construire une vie en cohérence avec ses valeurs. « Mon rêve d’enfant, c’était d’avoir un grand atelier, un endroit à moi, où je peux fabriquer tout ce que j’imagine, et le transmettre ».

Pour lui, la réussite ne se mesure pas à la reconnaissance sociale ou à l’argent : «  Si un jour je deviens père, je veux pouvoir dire : j’ai un lieu, des machines, du savoir. Je te laisse ça, c’est pour toi ». L’autonomie, la création et la transmission sont ses moteurs. Il se rêve en “vieux sage”, gardien d’un lieu où d’autres viendront apprendre, découvrir, faire.

Son rapport à l’école et à l’orientation professionnelle

Jason a souffert à l’école. Diagnostiqué “multi-dys”, il n’était ni soutenu, ni compris. Les devoirs étaient vécus comme une torture, les enseignants comme des juges. « Je bossais deux fois plus que les autres pour un résultat deux fois moins bon ». Très tôt, il perd confiance, jusqu’à envisager le pire : « À 14 ans, j’ai tenté de mettre fin à mes jours. »

C’est hors de l’école qu’il a trouvé ses repères. Dans les ateliers, au contact de ses mains, auprès d’un maître artisan qui lui a transmis non seulement un savoir-faire mais une confiance nouvelle. Il n’a jamais vraiment eu d’orientation scolaire construite : c’est par essais, erreurs, et rencontres qu’il s’est bâti une voie. L’école, pour lui, ne valorise pas suffisamment les intelligences manuelles, l’initiative ou la créativité.

Vision des métiers d’avenir

Jason est convaincu que les métiers de demain seront les métiers concrets, utiles et résilients. Il croit à une relocalisation des savoirs et des savoir-faire et à une réhabilitation du travail manuel. « Les métiers de la main, les métiers utiles, ce sont eux qui permettront de tenir quand tout flanche ».

Il imagine un futur moins dépendant des grandes industries et plus enraciné dans le local. Il insiste aussi sur l’importance du numérique dans la transmission : grâce à YouTube, TikTok, Instagram, il a pu apprendre, enseigner, se relier à une communauté. Pour lui, l’avenir passe par l’hybridation entre tradition artisanale et outils modernes.

Conclusion

Jason Gondoneau incarne une voie alternative, inspirante, faite de résilience, d’audace et de création. Parti d’un parcours cabossé, il est devenu un artisan accompli, un entrepreneur engagé, un passeur de savoirs. Il est la preuve que l’échec scolaire ne prédit pas l’échec de vie, et que la passion, la volonté, et la liberté sont des moteurs puissants de réussite. Son rêve ? Que d’autres puissent trouver, à leur tour, leur propre chemin hors des sentiers battus.