La Maison Forte

Bastien BINET, ingénieur Génie-civil

Nom : Bastien BINET
Métier : Ingénieur Génie-civil / Directeur Général d’Argiles d’Aquitaine
Lieu d'activité : Fumel


Parcours professionnel

Bastien Binet est aujourd’hui directeur général de l’entreprise Argiles d’Aquitaine, qu’il a reprise il y a un peu plus de trois ans. Ingénieur bâtiment de formation, il a commencé sa carrière dans de grandes entreprises du BTP, en tant que conducteur de travaux, avant de gravir les échelons. Cependant, cette ascension l’a progressivement éloigné du terrain, alors que c’était justement cette proximité avec le concret qui l’avait attiré vers le bâtiment.

Originaire de la banlieue parisienne, il n’est ni de la région, ni initialement du secteur des matériaux naturels. La rencontre avec l’ancien gérant d’Argiles d’Aquitaine, un collaborateur de son père, a été un tournant. Il découvre à travers lui un univers de techniques de construction et de matériaux alternatifs, peu enseigné dans son cursus mais qui suscitent immédiatement sa curiosité. Reprendre une petite entreprise à taille humaine (cinq salariés à l’époque), travailler avec des matières locales comme l’argile, la chaux ou le calcaire, et retrouver un rapport direct avec la matière : autant d’éléments qui l’ont convaincu de franchir le pas.

Aujourd’hui, Argiles d’Aquitaine est structurée autour de plusieurs pôles d’activité : les matériaux réfractaires à base d’argile cuite, les enduits à la chaux pour la rénovation du bâti ancien, les coulis techniques pour le génie civil (notamment pour la géothermie), et plus récemment, les produits en terre crue (enduits, béton d’argile, etc.). Cette diversification s’inscrit dans une logique de bon sens, de durabilité, et de relocalisation des savoir-faire et des matériaux.

Motivations et définition de la réussite professionnelle

Ce qui a motivé Bastien Binet dans sa reconversion, c’est avant tout le désir de retrouver un contact direct avec la matière, une autonomie de travail et une certaine liberté de création. Il exprime une volonté de "mettre les mains dans la pâte", et redonne du sens à son travail à travers la fabrication locale, l’utilisation de ressources naturelles et la transmission de savoirs peu valorisés.

Pour lui, la réussite professionnelle ne se mesure pas uniquement à travers les responsabilités ou les revenus, mais surtout dans l’épanouissement personnel, le plaisir de faire, et le lien avec des valeurs concrètes : environnement, territoire, matière. Il dit avoir retrouvé dans son activité actuelle ce qu’il avait perdu dans ses postes précédents, notamment la satisfaction du travail manuel, du tangible, du "faire". 

Son rapport à l’école et à l’orientation professionnelle

Le parcours scolaire de Bastien s’est globalement bien déroulé, mais sans réelle conviction. Il confie avoir poursuivi ses études par défaut, poussé par le modèle parental dominant selon lequel "les études mènent à de bons métiers". Il n’a pas eu, dans sa jeunesse, de déclic ni de réelle orientation vers les métiers manuels qui l’attiraient pourtant intuitivement.

Il regrette aujourd’hui le manque d’ouverture de l’école sur les filières manuelles et les apprentissages par la matière. Selon lui, il manque dans le système éducatif des passerelles concrètes, des mises en situation, des moyens de découvrir tôt les potentiels métiers à travers le geste et la pratique. Il remarque que même les stages d’observation actuels sont souvent trop superficiels pour éveiller de vraies vocations.

En tant qu’entrepreneur, il affirme qu’il existe un vrai besoin de profils polyvalents, curieux, ouverts à l’expérimentation. Il observe un écart entre les formations classiques et les besoins des petites entreprises ancrées dans une logique de territoire et de production.

Vision des métiers d’avenir

Bastien voit l’avenir des métiers dans la réhabilitation des savoir-faire anciens et dans les matériaux durables. Il croit fortement au potentiel de l’argile, de la chaux, et d’autres matières naturelles qui, selon lui, offrent une réponse technique et écologique aux défis du bâtiment.

Il insiste sur la nécessité de démocratiser ces techniques : pour cela, il travaille à rendre ses produits accessibles, tant en termes de prix que d’usage. Il s’oppose à la vision de l’argile comme matériau de luxe, et préfère défendre un modèle économique fondé sur le juste prix, la coopération locale, et l’usage raisonné des ressources.

Pour lui, les métiers d’avenir sont ceux qui recréent du lien avec le territoire, qui valorisent le geste et qui contribuent à des modèles soutenables. Il croit à une hybridation entre tradition et innovation, artisanat et ingénierie, où chacun peut trouver sa place à condition qu’il y ait une ouverture suffisante dès la formation.

Conclusion

Le parcours de Bastien Binet illustre une reconversion choisie, une réappropriation du métier par le geste, la matière et le territoire. Son témoignage révèle les limites d’un système d’orientation encore trop focalisé sur les filières généralistes, et souligne l’urgence de remettre la main, la terre et l’expérimentation au cœur de l’apprentissage.

À travers Argiles d’Aquitaine, Bastien incarne une vision cohérente du futur : un futur où l’on construit avec le sol sous ses pieds, avec les gens autour de soi, et avec un profond respect des ressources. Son itinéraire, fait de bifurcations et de prises de conscience, montre que la réussite professionnelle est avant tout une affaire d’équilibre personnel et de sens retrouvé.