Zoé Riolet et Asja Nadjar

#théâtre / #architecture / #observation

Comment regarder l’histoire des lieux et des humains pour mieux se comprendre et détourner l’ensemble ?

Zoé Riolet est architecte et Asja Nadjar actrice, metteur en scène. De prime abord, la simplicité de leur candidature nous séduit : « Nous ne savons pas ce que nous ferons, alors nous travaillerons avec l’existant. » Le risque de ne rien livrer, plus avant, la possibilité de l’échec, le « faire avec », sont au cœur de notre sujet. Quelque chose donc nous motive dans leur démarche : la bifurcation des itinéraires de ces créatrices, une possible rencontre que résume l’impossibilité à se qualifier par un métier, par une compétence, l’existence d’un nouveau possible résumé à la capacité à faire ensemble.

Nous découvrons, malgré nous, au cours de leur résidence que leur objet d’étude, c’est nous simplement, notre vie, le lieu. Le protocole est simple, à priori : cartographier les lieux, nos déplacements. Au delà, à côté du paysage émerge un filaire multiple qui finit par traduire l’usage que nous avons d’un lieu, le rendre lisible et plus encore, par dessiner le fonctionnement de nos sociabilités. Nous pensions simplement passer dans ce lieu, au gré de nos usages, nous découvrons la nature de nos liens et déliens. Nos mouvements, nos relations, nos rôles dans le collectif, les invisibles de nos empêchements, de nos automatismes, de nos petites manies entrent en perspective vers un possible commun.

Et pour traduire cela, la proposition se porte sur une sorte de performance théâtrale, une déambulation dans un bâtiment éclairé par un autre parcours que le nôtre, invisible celui là. Pour faire ce dessin, le choix de Zoé et de Asja se porte sur Marie Thérèse de Gironde. Cette illustre inconnue nous occupe ici depuis quelques temps, depuis que Solène s’est mise en tête de travailler sur l’histoire, la généalogie des habitants qui ont occupé cet espace avant nous. Née aux alentours de 1720, nous savons qu’elle a eut une importance notable pour l’histoire intime du Château de Monbalen, mais, pourquoi, à la différence de ses contemporains hommes de la maison, n’a-t-elle laissé aucune trace dans les archives ? Seules des rumeurs, des itinéraires que l’on peut désormais retricoter à notre façon, nous permettront d’y voir plus clair.

Au final, l’architecture fait récit et le théâtre fait environnement. Pour nous, résidents, usagers de La Maison forte, une attention particulière se porte sur nos déplacements, nos petites habitudes, la façon dont on occupe l’espace. Certainement, sur ces bases, pourrions nous inventer un protocole d’observation des invisibles dans des organisations sociales complexes. Cette cartographie des raisons d’être mobiles pourrait être un détourneur de regards, le déclencheur de nouveaux communs.