VOS QUESTIONS, NOS RÉPONSES

 

 

Un projet qui se construit en marchant, n’est ni facile à expliquer, ni simple à comprendre. Lors de notre lancement le 22 mars 2019, nous nous avez posé des questions auxquelles nous nous sommes engagés à répondre précisément. Voici vos questions et nos réponses.

 

LES QUESTIONS POSÉES, LES RÉPONSES APPORTÉES

 

Cliquez sur les questions pour lire les réponses.

La fabrique de lien social est elle viable à long terme ?

La fabrique de lien représente pour nous la fin et l’objectif de ce projet culturel. Le modèle économique de l’association repose sur des éléments tangibles : de la location d’espaces de travail, de l’accueil en résidences pour des temps de séminaires ou de vacances, des ventes du bar associatif, à des prestations de conseil sur les process et projets d’Innovation sociale… Ceci pour les premières ressources propres. Mais il faut un soutien public déterminé au moins à l’amorçage. L’association a choisi de fédérer ses compagnonnages coopératifs autour d’un Tiers lieu culturel, en invitant des artistes ou des passeurs à apporter leur compétences… produisant ainsi une énergie et des micros activités économiques – modestes sans doute – mais créatrices d’emplois… et in fine de lien social !
C’est ce projet global, coopératif et sensible que l’association cherche à faire entendre et reconnaître. Et subventionner.
A 3 ans nous espérons 4 équivalents temps plein sur l’association et 5 emplois sur les micros activités dédiées.
Nous travaillons avec des personnes très compétentes dans le développement de tels modèles. Nous savons, nous croyons, que des entreprises fondées sur la synergie, sur la responsabilité de chacun peuvent être productives économiquement et socialement. Le bénéfice social de tels projets est en soi une économie qu’il faudrait intégrer collectivement – ce qu’on appelle des externalités positives.

A ce stade, nous n’avons pas la garantie de la viabilité du modèle donc du projet. Nous savons simplement que c’est le moment de le faire, pas de rester les bras croisés, et que, si cette aventure échoue, nous aurons au moins essayé, le plus sincèrement du monde.

Comment ouvrez-vous la Maison forte à des gens qui n’y viennent pas d’eux mêmes ? Comment ne pas tomber dans l’entre-soi ?

C’est une très bonne question. Une telle fabrique ne fonctionne et ne fonctionnera que dans la diversité. Pour autant, pas question d’aller chercher chacun par la main.

Quelques éléments de réponse à cette question :

  • des tarifs d’accès les plus bas possible : le coût d’adhésion à l’association et donc l’accès aux services est de 5 € par an, le tarif des manifestations proposées par La Maison Forte est calculé au plus juste, la plupart des fêtes sont gratuites, nous avons jusqu’ici multiplié les auberges espagnoles, nous avons également fait le choix d’une guinguette associative pour limiter le prix des consommations .

 

  • une multiplication des entrées dans le projet : dans l’absolu, nos activités peuvent aller des cours de tricot aux conférences de philo en passant par le partage de l’atelier de menuiserie/bricolage quand nous saurons sécuriser cette offre. Nous misons sur le talent de chacun, la capacité à faire, donner et à offrir. Si notre expression n’est pas toujours claire, fruit de nos propres automatismes, nombre de projets ont leur place ici si tant est qu’ils respectent les termes de notre code social valeurs : travailler à une maturité coopérative, rechercher les conditions d’une créativité conviviale et respectueuse des environnements, investir autant l’action que la réflexion, chercher à inventer un futur meilleur, partagé et bienveillant.

 

  • de la transparence : le plus possible, la transparence doit être au coeur du projet, c’est notre souhait. Clairement travailler en transparence est une chose désagréable à laquelle personne n’est habitué. Cela nous semble pourtant une condition de réussite.

 

  • un lien durable avec les associations et les collectivités territoriales : les associations et les collectivités territoriales sont invitées à partager ce dispositif. C’est dans ce cadre que nous avons organisé une première fête le 23 juin 2018 avec la mairie de Monbalen et que, le plus possible, nous souhaitons poursuivre dans ce sens.

 

  • le partage de nos dispositifs : nos savoir-faire, le programme d’incubation notamment, nous les partageons avec celles et ceux qui en ont le besoin, à la condition que leurs attentes rencontrent nos possibilités, nos valeurs, notre projet.

 

  • une assemblée générale permanente : nous travaillons à la mise en œuvre d’un réseau social, assemblée générale permanente, consultative et influenceuse. Pour que le projet fonctionne, il nous faut vous donner la possibilité d’y entrer en capacité, d’en partager les questions. Il nous faut animer cette communauté, inventer une forme nouvelle de démocratie. Cela prendra du temps, avec un coût de mise en oeuvre de la solution logicielle et de sa maintenance. Nous nous donnons un an pour cela. En attendant, nous ouvrons à la Maison forte une réunion mensuelle avec les adhérents de l’association pour mettre en place ce programme.

 

Nous n’avons pas la garantie que cela suffise à empêcher l’entre soi, mais nous pensons que cela autorise les conditions sincères d’une ouverture la plus large possible et nécessaire à l’équilibre d’un tel projet.

Nous savons aussi qu’il nous faudra être garant d’une tenue, d’une cohérence, d’un équilibre. Nous ferons donc des choix que tous ne comprendront pas, nous refuserons certaines propositions. La Maison forte n’est pas “open bar”. A côté des joies, des rencontres nouvelles, nous produirons sans doute quelques déceptions, c’est inévitable.

Est-il possible de découvrir la pratique de Sébastien, de séjourner à La Maison forte ? À partir de quand ?

Le projet est en pré-incubation et ce temps de travail permettra de répondre précisément à cette question.

Coté permaculture, Il y aura différentes formules proposées, ½ journée -1 journée – 2 ou 3 jours, selon les disponibilités de La Maison forte, il sera possible de résider sur place. Il y pourrait y avoir des journées portes ouvertes, pour visiter le lieu, et créer des rencontres autour de ce projet en construction. Suivant l’avancée des travaux du jardin l’Amie Co, il pourrait y avoir des formations début septembre, mais il est trop tôt pour confirmer dors et déjà.

Il y a ensuite le côté associatif de l’Amie Co, où il y aura la possibilité de participer à des chantiers participatifs. Dans ce cadre nous espérons pouvoir mettre en oeuvre une plateforme d’échange pour partager nos connaissances et expériences.

Peut-on proposer un terrain à Graziella ? De quoi a-t-elle besoin ?

Pour le moment le projet est en cours de finalisation. Selon sa progression, certainement aurons-nous beaucoup de besoins. Dans l’immédiat, nous pourrons demander des coups de main pour la construction des « caravanes à poules ». Mais des propositions comme celle-ci sont bienvenues et très encourageante concernant ce projet de faire écosystème de voisinage. Merci.

Quels sont les besoins de La Maison forte, économiques, humains ?

Les besoins de La Maison forte vont dépendre des rencontres, des projets, des connexions, des synergies qui adviendront dans les années prochaines…

Si l’on reste sur un périmètre d’activités du type de ce que nous vous avons présenté ce soir, les besoins sont prioritairement un poste de  coordinateur(trice), soit environ 25 000 € par an. Concernant le fonctionnement, les besoins concernant les projets non rentables mais nécessaires à l’équilibre d’un tel projet, les demandes des premiers usagers (saison culturelle, atelier solidaire) se montent à environ 150 000 euros par an.

Par ailleurs, nous avons, à moyen terme, besoin d’une quarantaine de personnes mobilisables 4 à 5 heures par mois pour nous aider dans des tâches ou chantiers de diverses natures Mais il nous faudra être en mesure de coordonner ces personnes pour que ces investissements soient agréables pour tous.

À terme, l’association pourrait faire vivre 3 personnes et les activités économiques liées entre 5 et 10 personnes. Une vingtaine de personnes pourront vivre sur le  domaine.

En vitesse de croisière, un tel modèle pourrait générer  une économie directe de 200 000 euros et et indirecte (les contributeurs / producteurs) de 200 000 euros. Il devrait reposer sur 40% de fonds publics, 20% de soutiens divers et 40 % de recettes propres liées aux économies produites dans l’écosystème.

Quelle relation avez-vous avec le voisinage ? Notamment pour la guinguette et les fêtes (nuisance sonore, voitures, etc…)

Les activités quotidiennes de La Maison forte ne sont pas particulièrement bruyantes. Les fêtes sont organisées deux ou trois fois par an maximum, et la guinguette (en réalité un café associatif) sera installée à l’opposé des habitations environnantes, protégées par le bâtiment. Mais l’activité de la Maison Forte génère forcément un peu de circulation.

Pour le moment, l’expression claire et directe nous concernant est très positive même si nous savons que certains de nos voisins regrettent le calme de la période où le domaine était vacant… Nous en sommes désolés mais c’est le propre de telles aventures.

À nous de leur faire comprendre que :

  • Le château de Monbalen a toujours été un lieu de passage, il retrouve la vocation qui l’habite depuis près de 1000 ans.
  • Ce domaine n’a intéressé aucun repreneur privé type résidence secondaire. . Toute autre activité ouverte au public  (il était question d’une entreprise organisatrice de mariages et autres réceptions) aurait été nettement plus préjudiciable au confort du voisinage.

 

Nous prenons toutes les garanties nécessaires pour réduire les nuisances, ne serait-ce que parce qu’une part des membres de l’écosystème vivent sur le lieu. Mais le bruit 0 et le mouvement 0 sont impossibles. Certains se plaindront, c’est la vie de tous les projets de ce type.

 

Donnez nous des exemples de travaux nécessaires de montage de la Guinguette ?

Nous sommes en train de concevoir les plans. Nous n’avons pas toutes les réponses mais décoration, taille d’arbres, travail du bois, plomberie, menue électricité et surtout bonne humeur seront nécessaires.

Bruno et Philippe, quels rôles dans l’écosystème ?

Bruno et Philippe sont à l’origine de ce projet. Fondateurs, ils en décrivent les principaux contours. Ils en sont les premiers garants et ils sont prêts à  assumer leur leadership le temps que La Maison forte trouve son autonomie, sa vitesse de croisière (entre 3 et 8 ans).

Philippe est associé de la foncière éthique, membre actif de l’association, habitant. Pour le moment il coordonne l’association. Nous espérons dans les trouver les fonds pour pouvoir à terme le libérer de cette tâche qui n’était  pas son intention première.

Bruno est associé de la foncière éthique, habitant et membre du bureau  de l’association. Il travaille avec Julien a présenter un projet de production/contribution au CA de l’association dans les prochaines semaines pour trouver une activité économique au sein de La Maison forte. En parallèle, il  continue d’effectuer, en télétravail, son activité professionnelle à Paris.

Le travail qu’ils font tous deux pour le projet de La Maison forte est, pour l’instant, totalement bénévole.

Dans le noyau de la Maison Forte, il y a aussi  :

Frédéric : associé de la foncière éthique, habitant à temps partiel, membre actif de l’association, et futur producteur / contributeur. Il veille à ce que l’organisation défende les intérêts des membres fondateurs.

Nils : associé de la foncière éthique, il veille à défendre les intérêts de la foncière.

Victoire et Florence : présidente et trésorière de l’association, leur rôle, très actif, est d’accompagner le développement et l’autonomisation  du projet et d’être garantes du respect du code social.

Philippe et  Bruno ne sont ni mécènes  ni rentiers. Ils investissent un projet qui doit, à terme, leur offrir la  possibilité de vivre modestement d’une aventure dans laquelle ils croient.

Le code social est-il consultable ?

La version 0 du code social, en cours d’élaboration,  n’est pas consultable car encore partielle, non aboutie. La version 1 le sera puisque est la condition d’entrée dans l’écosystème. Nous espérons la finaliser à la fin de cet été pour une publication fin décembre 2019. La transparence est impérative pour un projet comme le nôtre, basé sur l’idée des communs.

Les bases de ce code social sont d’ailleurs le fruit de contributions préalables à la nôtre. La seule manière de mettre en oeuvre une transition effective est de partager les savoirs.

Quelles stratégies pour la sur-sollicitation ?

Excellente question. C’est un risque effectivement.  

Les quelques pistes que nous avons :

  • Travailler sur le cadre défini par le code social et s’y tenir, quitte à paraître “militaire” comme nous l’a fait remarquer Maryline 🙂

 

  • Assumer le cadre économique dans lequel nous sommes et la nécessaire rentabilité non de chaque activité mais de l’écosystème.

 

  • Mesurer objectivement les conditions d’équité et de réciprocité.

 

  • Lâcher prise, mettre en autonomie les porteurs de projet et leur demander, en échange, d’aider ceux qui viennent.

 

  • Assumer de décevoir certaines personnes : ces promesses que nous faisons ici sont belles, nous espérons que beaucoup auront des envies à nous soumettre, mais nous savons ne pas toutes pouvoir les soutenir.

 

  • Chercher des financements complémentaires, privés et publics, pour participer à la prise en charge des fonctions supports (coordination notamment) sans lesquelles de tels projets sont impossibles à mettre en oeuvre durablement.

Est-ce que créer un écosystème ce n’est pas prendre le risque d’être “exclusif” ( dans le sens où, au lieu de s’ouvrir vers l’extérieur, on risque de se fermer, de créer un entre soi, comme dans les sectes ? )

Sauf à ne pas comprendre la question, le propre d’un écosystème est de ne pas être exclusif.

Cet écosystème n’est pas monocentrique. En travaillant avec d’autres structures comme le Florida ou Gazelle par exemple, nous travaillons en connexion avec d’autres écosystème et ce n’est qu’un début.

En revendiquant une participation à l’attractivité du territoire, nous sommes nécessairement ouverts.

En accueillant dans l’écosystème Julien ou Léa, nous travaillons avec des gens qui ne vivent pas à proximité .

En confiant la gestion de l’association à des personnes qui vivent à Paris et en Alsace, nous ne sommes pas fermés sur nous mêmes.

Si l’’architecture de La Maison forte est fermée sur elle-même, la survie du système est son ouverture.

Selon le Larousse, une secte est un ensemble de personnes professant une même doctrine (philosophique, religieuse, etc.). Une doctrine est un ensemble de croyances ou de principes traduisant une conception de l’univers, de la société, etc., constituant un système d’enseignement religieux, philosophique, politique, etc., et s’accompagnant souvent de la formulation de règles de pensée ou de conduite : Une doctrine morale, économique. Une doctrine idéaliste, matérialiste.

Le code social de la Maison Forte n’est pas assimilable à une doctrine.

La Maison forte est un espace de débat où des gens se reconnaissent sur une idée simple : nous avons envie de faire autrement, dans le respect de l’autre. Dans ce changement il y a les légalistes : ceux qui pensent que la révolution passera par le renversement de la table et par un politique volontaire et ceux qui pensent que cela se joue à l’échelle locale dans l’action concrète plus “colibriste”. Si une bonne part est ouvert à la spiritualité, aucune pratique doctrinale et récurrente ici. Sur la théorie de l’effondrement enfin, tous sont convaincus que quelque chose de risqué attend nos sociétés mais que la réponse ne tiendra certainement ni dans le renfermement, ni dans le rejet mais dans la coopération.

Une secte donc, pourquoi pas, mais elle est étrange dès l’instant où tous vous êtes invités à poser des questions auxquelles on répond le mieux possible, où nous travaillons avec des adhérents et où nous travaillons avec un code social public.