VOISINAGES, PAYSAGES, MÉMOIRES

Thomas Stefanello est un plasticien qui travaille la pierre, l’image, une expérience élargie de la relation à l’autre, à la mémoire et à un environnement fondé sur l’absence.

Si le deuil et la trace sont la matière qu’il traverse, il décide d’habiter ce vide, moins comme un manque que comme la promesse de ce qui vient autrement, dans ce qu’il nomme le troisième paradis.

Nous avons rencontré Thomas Stefanello suite à l’atelier participatif « Synergie de micro projets agricoles ». Parmi les constats que nous avons fait à cette occasion, celui d’un voisinage à retisser en milieu rural et une question : Qu’est-ce qui nous lie ?

Pour tenter de répondre à cette question, Thomas Stefanello a proposé un dispositif simple à priori. Après nous avoir présenté son travail lors d’une rencontre un dimanche d’août, tous les amis, résidents et voisins de La Maison forte ont été invité le mardi suivant à présenter un objet qui leur est cher, qui parle d’un bout de leur vie, de leur rêve, de ce qui donc les raccroche aux autres et au monde. Sur la table, s’est écrit, au fur et à mesure, un récit collectif, une subtile reconnaissance. Le couteau que l’on a offert à celle qui est alors devenue femme dans un monde où cet objet inscrivait la filiation masculine, la corne trouvée sur un trottoir de Dakar qui certainement porte en elle de la poussière d’étoile ou de l’histoire de celui qui nous l’a apporté, le diapason qui, plus que le son, la vibration qu’il produit, offre les conditions d’une possible harmonie dans un chœur, le bout de bois qui rappelle à celle qui vieillit le corps dansant qu’elle ne voudrait pas abandonner… Tant d’objets encore.

Le lendemain, celles et ceux qui le voulaient ont été invités pour une rencontre fondée sur la réciprocité. Il n’y a pas de changement sans réciprocité. À cette occasion, chacun est allé plus au cœur de son histoire. Tous, nous avons échangé au sujet de ces traces et parcours de vie. Thomas Stefanello nous a alors proposé d’emprunter ces objets quelques temps et de les sculpter, chacun en deux exemplaires. L’un sera rendu à son propriétaire, l’autre restera exposé dans une forme de collection informelle. Durant ce temps de travail, tous les porteurs d’objets pourront s’interroger sur la nature de l’absence de l’original, qu’est ce que ce manque dit d’elle ou de lui. Entre ces doubles d’une autre matière, ces traces, les originaux prêtés à cette occasion, entre chaque objets et entre ceux qui les ont apporter alors se tissera un lien, un nouveau voisinage qui, au regard de la qualité de l’expérience échangée entre tous, forme probablement un nouveau voisinage, un troisième paradis.

Une exposition restitutive aura lieu en mai 2019 à La Maison forte.

 

Le découvrir un peu plus :

https://www.thomasstefanello.com/