Tendre et profonde comme un après-midi d’octobre.

Nous sommes reposés. Certainement ne l’avons-nous pas compris dès les premiers jours du mois mais octobre serait court, déjà lancé pour la suite.

 

La belle attente

 

D’abord nous sommes étonnés que l’on nous demande de nos nouvelles. Quand ré-ouvrons-nous ? Nous aurions créé un début d’attente. Et pourtant, pas envie de faire pour faire, c’est tout le risque de ce genre d’aventure. Alors nous attendrons encore, considérant que le temps est la première des conditions de succès, nous ré-ouvrirons, début novembre, certainement.

 

Les moyens de notre développement

 

Depuis le début de notre aventure, les sommes investies sont conséquentes. L’achat du lieu et les travaux sont un projet privé mis au « pot commun ». L’investissement pour les premières activités et le bénévolat consacrés depuis le début de l’aventure représentent plusieurs dizaines de milliers d’euros. En ce début du mois d’octobre, nos économies sont à sec pour continuer au même rythme. C’est la raison pour laquelle la plupart d’entre nous continue de travailler par ailleurs pour faire vivre cette fabrique. Comme pour toute entreprise, même à vocation sociale et solidaire, les premiers revenus liés à l’organisation de séminaires, d’accueil ou de guinguette ne couvrent pas tous nos frais. Nous le savions. Dans cette construction, l’argent public est donc une aide nécessaire à l’amorçage, pour donner à ces « plantules » le temps de trouver une économie modeste et performante. Inventer de nouveaux modèles de convergence des ressources prend du temps et doit exister au delà de l’épuisement qui condamne nombre de projets du type de celui que nous construisons. Enfin, quand on crée une fabrique coopérative des transitions, quand 100% de l’économie produite est réinvestie dans l’économie locale, quand plusieurs centaines de personnes sont accueillies presque gratuitement, nous participons à une forme de service public, que nous revendiquons. Les partenaires publics que nous avons sollicités dès le mois de mars, répondent tous à l’appel. La Communauté d’Agglomération du Grand Villeneuvois, nous accorde une aide de 5000 € par an sur trois ans pour structurer le réseau de l’Economie Sociale et Solidaire locale pour, ensemble, développer d’autres économies sur le territoire. La région Nouvelle Aquitaine octroie une aide de 92 000 € au titre de l’aide aux tiers lieux, valable sur deux exercices budgétaires soit 46 000 € par an. Ces sommes sont nécessaires pour aborder une économie en devenir, pour donner plus d’ambition à ce que l’on dessine. Des montants pour lesquels il est important de parler avec transparence. Ces subventions, bien qu’élevées, représentent moins de 20% de notre budget annuel à venir mais ces aides sont la marque, si ce n’est d’un succès, d’une confiance qui nous encourage.

 

Une pré-matrice des richesses

 

Cette économie en devenir est donc la possibilité de créer de l’emploi car, pour faire fonctionner cette fabrique, il faut être huit, à peu près. Notre comité opérationnel se réunit désormais chaque jeudi. Chacun, semaine après semaine, prend conscience de ce que l’on essaye de faire quand on parle d’écosystème. Ce temps de mise en œuvre est la preuve que s’il nous faut un code social, plus encore il nous faut un « code d’usage », un « faire », condition première d’une telle dynamique. Nous allons donc créer de l’emploi mais nous sommes incapables aujourd’hui de tous nous rétribuer. Pour élaborer une répartition équitable, nous travaillons ainsi à une première matrice des richesses. Selon ce que l’on imagine, chaque prétendant aurait un job rétribué, estimerait le niveau de pénibilité de sa tâche, le besoin pour l’écosystème, sa capacité à facturer par lui même son travail, son implication réelle, son besoin personnel et la perspective de développement de son propre projet dans notre environnement. Le bureau de l’association donnerait aussi son avis sur chaque projet de rétribution et, sereinement nous estimerions le montant des rétributions. C’est la piste que l’on travaille. Dans cette gestion des premières indemnités, rien n’est égal, mais tout tend à l’équité. C’est encore une expérience de transition.

Bonne nouvelle, Cécile certainement va nous rejoindre. Elle quitte Nantes. Cette perspective est réellement joyeuse.

 

Floriane, les notes d’un album à venir

 

Un matin, Floriane Tiozzo arrive avec cinq de ses musiciens. Il semble que cette maison leur donne les moyens de travailler, une forme de quiétude, d’environnement pour créer. Chaque jour, la maison résonne d’un même morceau en boucle. Le son d’une voix qui pourrait s’abimer de tant d’efforts. Des refrains que chacun finit par chantonner dans son coin. Et puis le concert comme un cadeau mutuel. Nous ne souhaitons pas trop le communiquer, nous ne sommes pas prêts à l’ouverture. Un simple post, nous sommes complets, plus de 120 personnes. Et puis, la magie d’une routine. Rendez-vous à 16h dans la cour, 2 heures après, la petite armada tranquille a installé une salle et une nouvelle configuration des lieux, dedans / dehors, ça ne manque pas de gueule. 22h30, tous parlent de magie : La guinguette est ré-ouverte. Merci Floriane. Les travaux, encore Simplement on se dit que la Guinguette ré-ouvrira donc à l’automne. Bar tapas dans les caves, table d’hôtes à l’étage et… travaux. Si peu… Deux semaines dans les plâtres, peintures. Tout cela rythmé par les nouveaux morceaux de Floriane et, quelques pièces en plus. Une dernière question : l’aménagement. Coup de chance, dans un tel lieu, nous brocantons ce que plus personne ne veut. C’est gros, c’est vieux, c’est idéal. Et puis enfin, c’est un plaisir auquel on ne s’habitue pas, les amis, rencontrés de loin pour certains qui viennent pour une journée, une matinée nous aider. Conversations au coin de la truelle. Nous sommes 20 à table, la vie d’ici est repartie.

 

Le jour J

 

Cette fois, c’est décidé, nous allons anticiper ce que l’on offre ici. Tout faire en urgence crée de la joie, d’étranges opportunités, autant que de l’épuisement. D’ailleurs nous restons étonnés de tous ces gens qui disent être impressionnés par notre organisation. De l’intérieur, c’est moins évident. Il y a les manières de faire que l’on veut ré-inventer, les mots aussi et l’urgence qu’il nous faut maîtriser. « Programmer » c’est arrêter, il faut donc faire autrement. « Saison » c’est s’inscrire dans des temporalités longues, il faut être plus réactif. « Culturel », ce n’est pas être qu’artistique, il faut donc ouvrir. Choisir, c’est aussi partager tout en assumant la responsabilité de celle ou celui qui opère les choix. Vite, nous réinventons. Et nous décidons de travailler en couches différentes. Parer à l’urgence et poser la perspective de faire autrement. Un jour, certainement ces lignes se rejoindront.

 

Chemins de faire

 

En attendant, sirènes hurlantes ils sont arrivés dans la cour de La Maison forte avec leur camion de pompier. C’est là que vit ce collectif. Une idée simple : explorer les savoir-faire de par les routes, questionner nos consommations de ressources, notre capacité à faire fonctionner autrement les machines, par le corps humain. Grâce à leurs installations, à leurs moteurs à énergie humaine, on comprend, le lien entre notre consommation et notre capacité de production, on mesure l’écart et peut-être fera-t-on différemment à l’avenir. En attendant, nous sommes un peu fascinés par leurs recherches, leurs choix de vie, leur ouverture. Pour cette résidence, nous restons ouverts et l’on se met à disposition. Cette fois, on attend novembre avec impatience.

 

Je voudrais dire encore un mot à l’adresse des oreilles exquises : ce que, quant à moi, je demande véritablement à la musique. Qu’elle soit de belle humeur, désinvolte, tendre et profonde comme un après-midi d’octobre. Ecce homo (1888) de F.Nietzsche

 

BC

 

Joie : 9/10
Difficulté : 3/10
Fluidité : 8/10
Inquiétude : 3/10
Galère : 2/10
Fatigue : 6/10

 

NOS INSPIRATIONS

Floriane Tiozzo, sortie de résidence.

Chemins de faire, début de résidence