Septembre, l’arbre suit sa racine

 

 

Ce mois devait être calme. Il le fut. Ce devait être le temps de longues vacances, où chacun retournerait travailler pour participer à faire vivre cette aventure… Mais cet été, la plupart de nos amis s’accordèrent à dire que ce temps de vie, ne pouvait pas fermer pour rouvrir au printemps seulement. Alors septembre serait juste un répit, une respiration et nous amènerait à prendre le temps, la distance pour comprendre ce que l’on jouait ici. Prendre le temps, condition première certainement du commun que l’on construit.

Nous n’aurions donc rien à dire sur ce mois si ce n’est cette nuit du 04 septembre à 4h du matin. Sans crier garde, le chêne majestueux qui dessinait la cour à lui tout seul, le vénérable c’est effondré. Sans vent, sans pluie, sans rien, juste une nuit tranquille. Bruit sourd qui réveille étrangement. Choc. Élégance de ne pas s’être effondré un soir de guinguette, d’avoir détruit si peu dans sa chute. Et puis peine sourde à souffrir quelques semaines cet espace dévasté, couvert des branches de l’arbre arraché.

Que s’est-il passé ? Difficile à dire. Plusieurs hypothèses. La canicule, une embolie gazeuse, des branches qui ne sont plus irrigués et s’étouffent vitesse grand V puis s’effondrent. Une respiration éreintante, des mouvements de quelques centimètres sur plusieurs tonnes de bois avant la chute. Ou, une tempête magnétique majeure repérée par météo-france à cette même date. Et si les arbres aussi étaient sensibles à ces mouvements d’énergie ? Une programmation génétique aussi qui dit à l’arbre, dès sa naissance : « à tel moment tu céderas ». Ce qui expliquerai le mouvement tortueux des branches propre au chêne. Ou une hypothèse enfin, plus étonnante, cet arbre aurait une mémoire, une sorte de conscience. Vieux de près de 600 ans, il a décidé de lâcher le trop de souvenirs de cette maison pour, aux rythmes à venir de la guinguette, inventer un autre futur. Il faut se rattacher à une « raison »… Quoi qu’il en soit, grande émotion face à ce qui ressemble à un saccage. Émotion à découvrir celles et ceux qui passent, émus et nous soutiennent. Étrange, tout cela pour un arbre. Parfois même, les plus raisonnés optent pour l’interprétation la plus ésotérique. On vit avec cette perte. Tout l’été, le deuil et la transition ont été mêlés, là, on traverse cela, d’une autre manière.

Mais l’humain, toujours… À l’heure où l’élagueur vient commettre son office, des amis sont là, depuis la veille. Annick, Maxime, Sylvie et Émeline nous offrent une cérémonie joyeuse, non définit comme telle d’ailleurs. Puis, le lendemain, tous nous accompagnent, tous on travaille ensemble, dans le découpage branche à branche du vénérable. À chaque fois on essaie de voir ce qui peut être sauvé. On n’hésite et l’on se résout : coupons ! Fusent les idées d’une pépinière à chênes, d’un jeu de bois pour se connecter les uns les autres, d’une arche de Noé d’arbres vénérables, d’une structure monumentale. Nous sommes ensemble, comme si chaque branche coupée lâchait un truc vieux de plusieurs siècles. Lourd, il faut bien le dire. Et puis, en fin de journée, le broyeur s’éteint, nous découvrons une cour à réinventer, nous ferons oeuvre c’est certain, nous buvons un dernier verre, les loirs ont retrouvé une maison et les chats sautent de branche en branche.

 

Joie : 4/10
Difficulté : 4/10
Fluidité : 8/10
Inquiétude : 5/10
Galère : 2/10
Fatigue : 7/10

INSPIRATIONS

L’artiste Bartholomäus Traubeck  fait chanter les arbres magnifiquement.

Être magique, amoureux des arbres.

La mémoire des arbres.