Novembre et décembre, on fait Jour J.

 

La pluie ne cesse pas depuis des semaines. Et l’exploitation industrielle des champs transforment les paysages en succession de mares. Les terres ne suffisent plus à absorber ce que l’on attendait depuis des mois. Le lac enfin, commence à retrouver sa surface opale comme un miroir. Les saisons reviennent à un rythme que la ville nous avait fait oublier. Ici, les choses semblent s’installer…

Nous testons le Moteur Universel à énergie humaine, nous essayons le Jour J, nous apprenons la parole claire et l’on teste les missions souplesses.

 

Le Moteur Universel à énergie humaine

D’abord ce programme de résidence longue qui démarre avec Alizée et Yoann du collectif Chemins de faire. Les choses se sont faites sans calcul, naturellement. Ils viennent pour aller au bout d’une expérimentation, qu’ils ont démarré dans leur coin, celle d’un moteur universel à énergie humaine. Machinerie élaborée, bicyclette augmentée qui, quand on actionne le système, déploie une énergie capable de faire tourner différents mécanismes pour produire de l’énergie. Le but : trouver son autonomie. Nous avions mis en place ce temps de résidence ensemble, sans trop anticiper ce que l’on ferait durant cette rencontre. La rencontre justement. Cette construction amène d’autres vies, d’autres idées, d’autres regards mais cette fois, avec le temps, le temps de faire. À vivre avec ces designers, nous sommes surpris par leurs choix de vie radicaux mais sans rupture sociale. Dans leur différence, ils se révèlent « des gens normaux », créatifs et drôles. Là, dans le faire. Certes, ils arrivent dans un camion de pompier aménagé en mini maison mobile qui fait pimpon, ils vont de lieu en lieu, déploient leur expérience et partagent leur connaissance. Ils vivent de cela. L’anormalité, à bien y réfléchir, serait donc leur capacité de vivre quelque chose de simple, de créatif et d’ouvert qui donne simplement envie d’aller à leur rencontre.

Premiers dessins, premiers essais, premières questions. Est-ce vraiment crédible d’imaginer substituer à notre consommation électrique l’énergie de nos corps pédalant ? Pas convaincus mais, dans l’expérience, nous sommes étonnés de comprendre notre incapacité à produire par nous-même l’énergie nécessaire à faire fonctionner une TV, un grille-pain… Successions de blagues, d’idées nouvelles, découverte de la machine qui prend vie – et qui est très belle. On apprend à se connaître et à faire ensemble. Pédaler de plus en plus, mesurer la puissance de cette machine. Tout passe très vite, nous vivons ce mois et demi en véritable peloton et les voisins viennent un à un, tester LA machine. Joie !

Yoann et Alizée repartent et nous laissent une machine posée là, appareil que l’on souhaite partager avec d’autres, convaincus qu’une rencontre, qu’une expérience de ce type, ne peut valoir sans un temps long de partage. On comprend aussi que jamais ces solutions ne satisferont à nos besoins fous de consommation électrique, par contre, travailler à produire par soi-même de l’énergie c’est comprendre la nature de notre consommation et c’est la réduire.

Nous réalisons aussi que l’on n’est pas là pour programmer mais pour partager, tester, sur des temps longs et y revenir si nécessaire. Avec ce test, la Communauté du Grand Villeneuvois nous a donné la possibilité de récupérer ce que l’on souhaite dans les déchetteries, pour mettre en œuvre concrètement le réemploi. Mais le low tech, le bricolage de génie est une culture que l’on n’a pas eu le temps de s’approprier réellement avant le départ des « Chemins de Faire ». Ils savent que désormais cette maison est la leur, que nos expériences doivent grandir et nous, nous sommes moins idiots à apprendre à faire. On se questionne sur incarner, fédérer ici, une culture du low tech et du réemploi. On réalise que la coopérative que l’on construit ne suppose pas le temps plein de présence, la résidence à l’année, mais la possibilité de déployer un dispositif capable d’accueillir des voyageurs d’un temps nouveau qui passent et repassent, qui nous inscrivent sur leur carte du faire. Yoann et Alizée nous apportent enfin une autre chose, chose qu’Anne-Marie avait souligné lors de son passage cet été, la possibilité d’accueillir des gens jeunes. Plus nous sommes simplement ouverts, plus cette énergie nous revient.

Cette expérience de la rencontre est bien plus puissante que ce que l’on envisageait. Dans ce temps, par cette expérience intime et par cette façon radicale de faire et de consommer le monde, quelque chose nous touche au fond. On peut faire montre de plus de radicalité et nous sommes loin, encore très loin, du changement qu’il faudrait mettre en œuvre pour être à la hauteur de nos ambitions. Clairement, pour la transition dont on parle, nous devrons revoir nos conditions de confort et diviser par trois notre niveau de consommation. Mais, oui, nous avançons !

 

Jour J

À dire vrai, rien n’était prévu de cette fin d’année. Une chose certaine, nous souhaitions fermer, prendre plus de temps pour nous, plus de temps pour la recherche et pour la réflexion. Et puis, un nombre de plus en plus important de gens, d’usagers, de bénévoles, de personnes investies fait qu’il a été difficile de se dire que l’on se retrouverait au printemps prochain. Nous restons donc ouverts, presque malgré nous. Cette ouverture, nous pensons alors la ponctuer de fêtes créatives en lien avec les résidences, avec les travaux que l’on mène ici. Ce seront les Jour J. Le principe est simple, pour cette première rencontre, une question : l’énergie humaine, une ouverture de 14h à minuit, des artistes, chercheurs invités, une sorte de parcours, un cabinet de curiosité. Une nouvelle fois, on nous fait le reproche de ne pas comprendre ce que l’on propose mais 250 personnes nous rejoignent pour cette première rencontre. On fait ensemble, et l’on comprend que nous sommes désormais des baltringues, du nom de ceux qui montent les chapiteaux sur les places de village.

 

Parole claire

Ces temps sont une tornade émotionnelle, d’activités, de joie avec ce que cela suppose de plaisir, de bonheur, de coordinations, de ratés et de difficultés. Alors bien sûr quelques fois les esprits s’échauffent mais, est-ce du fait de l’épuisement, de l’envie de faire ensemble renforcée par ces événements ? Nous apprenons, de mieux en mieux la parole claire. Il y a un centre, il y a toi, il y a moi autour et l’on essaye de construire, ensemble, sans trop occuper ce centre. Et si cela fait défaut alors on exprime la difficulté, plus que le grief personnel que l’on a, à faire selon un cadre que nous nous sommes donné et dont on peut débattre. C’est un apprentissage, un challenge et c’est bien.

 

Mission souplesse

C’est une fin d’année tornade. Il est temps de se reposer. Pas de résolution en vue, juste accepter une forme de deuil qui se dessine, un lâcher prise. On ne mesure pas exactement la nature de ce mouvement. On essaye de faire bien et de laisser dire.

B.C

 

Joie : 9/10
Difficulté : 3/10
Fluidité : 8/10
Inquiétude : 3/10
Galère : 2/10
Fatigue : 7/10

INSPIRATIONS