la marche sans visage, sans bruit, sans rien

Ceci n’est pas un spectacle, ce n’est pas un événement, ce n’est pas une rencontre, c’est un peu tout. C’est une marche, un jeu, un questionnement partagé, le début d’un chemin, la recherche d’une issue. Une expérience à partager, à la recherche d’autres possibles.

À l’origine, un alibi : Marco est jardinier dans la zone commerciale du Grand Rodez. Un jour il apprend que son pavillon va être détruit pour élargir les voix d’accès du centre commercial. Entre la dépression et le délire, il « choisit » la seconde option et se découvre « Sous commandant Marco de Rodez ». Tout au long du livre, puis, bientôt, de la pièce, il lève une armée zapatiste de bras cassés, de fous furieux, de génies pour sauver une « réalidade » qui les dépasse. Cette insurrection sera balayée par une catastrophe bien plus profonde.

Julien Villa et Vincent Arot, proposent le second dytique de leur don quichotterie. Cette fable magnifique s’inspire de la mythomanie du sous commandant Marcos (celui qui crée le mythe) pour enchanter ceux qui croisent son chemin en rompant avec tous les codes du théâtre. À l’heure des confinements, de la syndémie (l’autre face de la pandémie), cette création quitte les murs des boites noires pour, en marche, se mettre en expérience d’écoute, de boutures et de grande bifurcation.

Voici le premier journal de bord, de cette expérience qui s’est déroulée entre Lot et Garonne et Dordogne du coronadi 04 au coronadi 18 avril 201. Ce journal grandira au fil des jours… La route ne fait que commencer.

JOUR 1 : Quel est le chemin ?

 

Nous n’attendons rien, nous ne prenons donc pas de risque. Une seule chose importe, éviter que tout ou partie de l’équipe se retrouve bloquée par le virus. De village en village, nous faisons campement, tous testés. De plein pied, nous entrons en dystopie.

Pour faire lien entre toutes les initiatives que motive cette fable, une web TV se tient chaque jour sur un thème lié aux sujets que l’on abordera tout au long de la route. Premier jour : Qu’est-ce qu’écouter ? Sommes-nous encore capable d’un tel effort ? Par écran interfacé sommes-nous ouverts à une forme de réalité qui bien sûr nous déroute ?

Cette marche, n’est pas un spectacle, ni une cartographie, c’est un jeu peut-être où nous cueillons les rêves, les cauchemars de nos contemporains le long des chemins. La Calavera tire les cartes pour nous, pour nous permettre d’avancer. Premiers tarots : le mat et l’arcane. En suspend, un débat qui nous occupera quelques jours

« Sais-tu qu’à chaque instant une mutation de conscience est possible, que tu peux soudainement changer la perception que tu as de toi? On s’imagine parfois qu’agir, c’est triompher sur l’autre. Quelle erreur! Si tu veux agir dans le monde, il faut que tu fasses éclater cette perception du moi imposée, incrustée depuis l’enfance, qui refuse de changer. Elargis tes limites, sans fin, sans relâche. Entre en transe. »

Et puisque, derrière tout cela, il s’agit de réveiller les fantômes des femmes, des hommes descendent de toute la France pour créer un commando fanfare avec les voisins de la Maison forte. Estelle Wolf est aux manettes. Son secret : jouer en s’écoutant.

Premier apprentissage de cette journée : aller à l’écoute c’est ménager l’espace du silence.

JOUR 2 : Peut-on renaitre ?

 

Chacun prend ses marques. Après avoir commencé la collecte des rêves de nos voisins, nos fanfarons bouillent au point de rencontrer leurs premiers publics en porte à porte. On danse dans les rues. La quantité de spectateurs ne nous importe plus, le faire d’abord, seulement.

Le compositeur Pierre Sangue et le plasticien Laurent Tixador commencent à bifurquer au coin de l’usine à briques. Ils font ce que nous appèlerons plus tard, bouture.

Le sujet du jour : Comment peut-on aimer Don Quichotte, un être qui cumule toutes les folies ? Plusieurs hypothèses, comme la plupart d’entre nous aujourd’hui, il souffre de mélancolie. Par la bifurcation, par la création et par son retour à l’état d’homme sage, au seuil de la mort, il se permet de renaitre et produit l’enchantement nécessaire pour nous entrainer collectivement car, à cet instant : il est humain.

Nous sommes le jour de Pâques et l’on constate que les cagoules des zapatistes inquiètent.

Ce soir là, en plein repas, Damien nait au personnage de Marco. Laurent laisse apparaitre le vieil Antonin.

JOUR 3 : Que seront nos moulins à vent ?

 

Pierre Sangue nous présente : «  La marche de l’empeureur » et nous confronte au cœur du sujet : que faisons-nous de nos confinements ? Quelle liberté prend-t-on avec le vivant ?

Nous recevons de plus en plus de rêves, des dessins d’enfants et nous décidons de lancer la construction d’une usine à Moulins à vents.

Les fanfarons écument le village reclus. La décision est prise, nous instaurons ce band autour d’un morceau choisi : «  Insurrection ».

Le soir, notre web TV devient AG, Alain a déjà ses fans et feuilletonne chaque soir le roman «  Rodez Mexico ». Nico a réglé tous les problèmes techniques, CNN n’a qu’à bien se tenir. Les zapatistes quant à eux, commencent à sourire sous leurs cagoules et cela change tout.

Rémi Buscot et Camille Morin, nous présentent leur « moulin à paroles ». Derrière cette expérience, nous posons comme sujet la bio région et plus largement : sur quel territoire nous allons vivre désormais ? Une première réponse : Celle de l’écosystème auquel l’on appartient.

JOUR 4 : Déjà le temps du deuil.

 

C’est à la déchetterie que l’on trouve de quoi fabriquer les fusils à cauchemars. Chaque acteur le customise et – comme Don Quichotte – chacun passe d’un type « guérillero » à son propre personnage. Lentement, le temps du complot, chacun s’incarne.

Guadalupe nait à son tour à son personnage, nue en sortant de la fontaine. Les tuiles de Laurent Tixador sont molles.

À couteaux tirés, chacun fomente les coups nécessaires à cette insurrection décalée.

Le soir, nous creusons plus avant le sujet qui nous occupe. Probablement n’y a t’il pas de changement sans capacité de deuil. Le deuil est moins ce que l’on perd que ce que l’on perd de nous même. Dans cet autre, dans cette renaissance, on ne peut exister à nouveau que dans le regard de l’autre.

Célestin Spriet intervient pour nous présenter son prototype de composteur de mémoire. La chapelle de La Maison forte, transformée en « dédata center » où chacun enverrait ses fichiers numériques qui polluent la planète, les mémoires vives et notre capacité de changement pour, dans un moulinage subtile, transformer les données en lumières jusqu’à l’atteinte du blanc. Déjà des vitraux – miroirs gravés – inversent les repères. La grâce est à l’extérieur des murs dans ce que le ciel renvoi comme passages. Boutures réussie, nous sommes bien au moment où l’on descend des montagnes. Chacun joue le jeu de quitter sa vie d’avant pour se laisser libre de renaitre autrement.

Panne à nouveau. Le fantôme de Marie Thérèse de Gironde a pris la main sur notre web TV. Si présente dans l’histoire du château de Monbalen, elle nous dit pourtant n’avoir laissé aucune trace dans aucun récit et désormais elle fait le choix d’exister. À chacun de produire sa propre mémoire.

Le deuil et la lumière font leur œuvre. À l’issue de l’AG TV, les anarcho mariachis, au fond de la salle, créent leur premier communiqué. Choc brutal. On sait à cet instant qu’ils viennent de toucher quelque chose qui peut porter ce mythe de « Rodez Mexico », très loin, au delà d’un spectacle. Nous verrons.

C’est la nuit de la dernière lune à La Maison forte. Nous comptons les rêves et les cauchemars collectés. La lettre au vivant et la question posée à la Calavera est donc : « Quel est mon chemin ? ». Tout cela nous permet d’avancer autrement, allégé, vers la prochaine étape.

JOUR 5 : La possibilité d’une île.

C’est un étrange moment que de voir les amis arriver, constituer la fanfare et partir sur la route. Au bord du Lac, Nico pose le premier totem, qui jalonnera notre route, un radeau, la possibilité d’une île. Tristan entonne une sorte de requiem écho du fond de la vallée. Il aura beau faire le malin en revoyant ce film, ce moment est juste bouleversant, il pose un arrêt. Plus tard, dans un champ de Colza nous croisons Noémie au cœur d’un blues / invitation vers on ne sait où. Nous ne maitrisons pas les mots pour dire l’émotion de cheminer ensemble.

Les zapatistes apprennent le poids de leur fusil. Zabo nous accueille dans sa « boite à laver », un lieu voisin où le seul enjeu est de faire ensemble sans projet arrêté avant de commencer. Temps de joie. Il parait que nous sommes confinés.

Arrivée Cancon, la fanfare ouvre le chemin. Erreur, la ville est close et nous n’arrivons pas en terrain conquis. La fanfare fait sens au départ d’une ville pas à son arrivée. Nous apprenons.

Le soir nous disposons d’un nouveau studio TV, le restaurant de la tête d’ail. Elisabeth Pichard, maire de Cancon nous accueille. Une seule demande : ne plus être de passage, regarder plus haut, plus loin, explorer, aller vers les gens : Retourner les trottoirs. Une question, celle de la peur des passes montagnes. Ce sujet n’inquiète pas la Commandante de Cancoun qui connaît les fondements de l’EZLN, l’armée zapatiste. Nous invitons les camarades de radio Bastide qui nous expliquent leur parcours ou comment, par la voix, ils ont décidé de redonner un visage à celles et ceux que l’on ne voit plus, que l’on n’entend plus. Comme avec la maire de Cancon, nous découvrons l’énergie d’un militantisme simple, discret, obstiné et résolu pour que la vie existe, simplement.

Nous relisons le visage de Lévinas pour comprendre que notre route consistera à accepter d’être vulnérable et sans visage. C’est notre expérience.

JOUR 6 : La carte de nos territoires, le temps du mythe. 

 

Jour froid et polémique, retournant sans cesse entre chien et loup. Durant la nuit nous apprenons que le gel a soudain détruit les récoltes des arboriculteurs et des vignerons du coin. Un an de travail pour rien, un peu plus de précarité encore.

Au petit matin, certains habitants se sont plaints de nous voir discuter et boire sur la terrasse du restaurant. Notre absurderie traverse le miroir. Nous vivons donc dans un monde où plus personne ne peut accéder à l’espace public, seuls les troubadours, les relégués, ont droit de citer. Cette dystopie laisse un gout amer, mais nous continuons sans sur-jouer la provocation.

Chacun part à la rencontre des gens croisés sur leur route. Jeanne entame ses échanges par la question des rêves de chacun, Laurent décale un peu plus l’itinéraire avec une seule accroche : « d’où tu viens ? ». Une nouvelle fois, nous mesurons le besoin de parler, l’ouverture, le fait que chez beaucoup, il y a plus de cauchemars que de rêves désormais. Le rêve dominant étant un retour à « la normalité ».

Le soir, nous abordons le sujet des cartes de territoire, qu’est-ce que faire récit d’un espace commun ? Quels autres itinéraires sont possibles désormais ? Avec le mattang, nous comprenons la possibilité de schémas qui reposent sur des indices, des mises en lien, des mises en mouvement opposées à la calculabilité des modèles GPS qui sereinement tuent toute alternative, tout désir de bifurcation. La carte du territoire serait donc la possibilité d’un mythe.

Damien prend le micro pour partager son sentiment. Il associe à cette autre forme du territoire la question de la vulnérabilité du visage, traitée la veille, et cela le ramène à un souvenir d’enfance abordé avec une rare pudeur et émotion. Sa sœur et lui se baignaient dans un lac jusqu’à ce qu’elle disparaisse sous ses yeux. Probablement s’est elle fait dévorer par un monstre marin. Depuis, la colline près du lac, est devenue « le lieu des enfants perdus ». Par les mots, Damien a crée un mythe de territoire, un nouvel espace d’exploration. Tardivement, nous comprenons qu’à cet instant, Damien était Marco de Rodez, il naissait encore à son personnage, le travaillant plus au fond, lui inventant une histoire intime qui n’existe dans aucune page du roman. Le lendemain nous apprenons qu’un de nos auditeurs s’est entaillé un doigt durant ce passage alors qu’il préparait son repas : « Nous étions avec vous, derrière l’écran ». Plus personne ne sait réellement de quel côté de l’écran il/elle est.

JOUR 7 : Regarder le ciel et habiter en transition.

 

Une part de l’équipe est chez un voisin de Cancon, Samuel Vernet, occupée à construire une réalidade pour les abeilles.

La ville est déserte, seul un homme déambule accompagné de son accordéon. Nous le cherchons sans le trouver.

Le soir Laurent Tixador nous rejoint pour parler des cagnas, ces habitats de transition construits par les poilus à l’arrière du front. Gourbis, cabanes, illusion de la vie normale d’une société retrouvée, d’un peu de liberté. Propagande de l’armée sur le thème : «  voyez tout va bien sur le front », puis, honte des vainqueurs, mémoire effacée. Il fallait Tixador pour collecter les cartes postales restantes, les analyser et méticuleusement reconstruire chaque mémoire à l’échelle. Geste touchant, plus encore quand il présente celle qu’il a décidé de construire à La Maison forte, clin d’œil à celle que nous construirons à Bergerac. Au delà de cette expérience, rien n’est de l’ordre de la simple idée chez Laurent, chaque acte interroge notre capacité, une fois démuni, de vivre de rien, simplement avec ce qui nous entoure. Qu’est ce que cela dit de notre humanité, de qui nous sommes, au vivant ?

Pendant ce temps, Laurent nous rejoint, l’accordéoniste est sous la halle de Cancon et, une rencontre dansée nous éclaire. Un skateur, Chaplin, Circus, on se rappelle que, désormais, il ne faudra plus avancer en regardant nos pieds, mais les nuages, à la recherche d’un arc en ciel. Nous essayerons de ne pas oublier cela pour la suite du chemin.

JOUR 8 : Synesthésie au marteau

 

Pierre Sangue est revenu. Alors que Nico construit son totem pour le départ de Cancon, Pierre et les anarcho mariachi les accompagnent pour une fusion musicalo constructive.

Nous ne savons pas pourquoi mais aujourd’hui, tous se jettent à l’eau.

Le soir nous nous réunissons pour la dernière lune de Cancon. Au menu, un exploration de la question du risque, de nos peurs avec le dernier opus de Pierre « Empeureur » mis en résonnance avec « l’éloge du risque » de la psychanalyste philosophe Anne Dufourmantel. Ce soir là, nous avons conquis la suspension, le balancement, le silence à la base de notre quête d’écoute.

La carte du pendu tirée par la Calavera nous invite à nous détacher, à couper tous les liens sauf ceux qui unissent à la Conscience

JOURS 9,10, 11 – Le doute

 

Bourrou, phase du doute. Nous nous séparons et l’on se tait.

JOURS 12 – Derrière le miroir

 

Retrouvailles, la route est longue, elle est belle. Direction Bergerac.

Étrange arrivée, le corps de Wilden repose au centre de la gare Mondiale. Une voix d’outre tombe nous ramène à notre finitude, notre état de molécule en suspension et notre capacité à renaitre. Nous ne sommes que de passage, répétition de notre propre deuil, passage vers un autre univers au rythme d’une funèbre Téquila. Nous avons quitté les chemins bucoliques, au cœur de la cité, la zone commerciale s’offre désormais à nous.

Après ces premières AG WEB TV déglinguées, nous atteignons un vrai savoir technique. Avec rien, nous produisons un improbable « prime ». Après les premiers jours d’introspection, le poids du silence dans l’écoute, la bifurcation comme solution à la folie qui nous guette collectivement, les deuils qu’il nous faut faire ensemble pour possiblement renaitre, la vulnérabilité associée à la trace du visage, la vulnérabilité comme ouverture possible à l’autre, nos cartes des géographies à venir, les espaces de transition qui s’offrent à nous et le rapport que l’on entretient à la peur, il est temps de faire politique. Puisque on nous croit être des enfants, nous décidons d’entrer en compétence sur les questions économiques. Le professeur Eric Dacheux nous parle de la macro-économie, d’une science peut-être mais positiviste, c’est à dire qui ne repose que sur des à prioris. Pourtant les alternatives à nos modes de calcul et de « raison » sont nombreuses, toutes portent principalement sur une capacité renouvelée à faire, une nouvelle fois, délibération autour de ce sujet.

JOUR 13 – La mise en abime.

 

Débucolisme. Nos camarades reviennent un peu secoués de la zone industrielle de Bergerac. Wilden les a accueillis sur une zone rayée de la carte : Bikini. Ne reste de ce quartier destinée aux réfugiés, qu’une pierre tombale encerclée d’enseignes lumineuses. Nous savions laides ces zones, nous les découvrons obscènes.

Pour la première fois en quelques jours nous traitons de la pandémie avec Barbara Stiegler. Comment, derrière un virus, se cache une syndémie, c’est à dire l’effacement des causes de la crise. Zoonose, destruction systématique des services publics, absence de débat scientifique partagé : destruction méthodique d’une démocratie qui est moins le fait de tel ou tel élu que de notre incapacité collective à débattre, à reprendre en main le dessin d’un autre destin. Nous diffusons une vieille vidéo de Bernard Stiegler quand Henri nous fait remarquer que nous aurions déjà tout oublié de ses apports. Un rappel, face à une crise systématique du type de celle que nous vivons, deux enjeux : défier la calculabilité qui est la trace rampante du capitalisme et multiplier les bifurcations c’est à dire, la capacité encore et encore à produire les croisements, les improbables rencontres nécessaires au changement.

Dehors les voisins tirent à la carabine. Yunken, encagoulé est en slip devant sa web cam, derrière circulent les fonctionnaires de la BAC. Sans le vouloir nous avons rhabillé Velasquez pour l’hiver, avec cette image, nous détenons nos Ménines à nous pour la plus improbable mise en abime.

JOUR 14 – Hacker nos territoires

Durant la nuit, nous mesurons que le rêve de Henri était une vision. Une équipe franco chinoise vient de produire une chimère, une cellule humaine mutante avec celle d’un singe. Greffée sur des porcs, nous aurons bientôt à disposition des usines à organes humains…

Nous ouvrons la réalidade de Bergerac, les trèfles gardonnais nous ont rejoint. Première initiative de Tristan : hacker la fanfare. Une note suffira pour détourner le rond point. Et puis, nous explorons les entrailles de la zone, lovés dans un noyau de béton. Dernière AG connectée à la Casa forte. Pour la première fois, nous considérons que ces politiques de confinement ne nous concernent plus, d’une certaine manière nous avons dépassé la peur en perdant quelque chose sur cette route. Nous avons du passer par des pratiques étranges : nous faire tester avant de rejoindre les campements mais définitivement nous refusons le risque de ne pas être vivants.

Si nous n’avons pas abordé la question de la pandémie ces derniers jours, nous n’avons pas traité de celle de la culture non plus, tellement la question nous semble étrangère désormais. Pour clore, en cette journée internationale de la paysannerie, Christian Crouzet de la confédération paysanne, nous offre la parfaite synthèse, une réelle perspective de ce que l’on vit et où l’on va : désormais notre recherche sera plus celle d’un autre vivant, d’une autre forme d’hybridation ou de chimère que celle que nous réserves les sciences modernes du cloisonnement des savoirs.

À cet instant et pour une partie de la soirée, les anarchos mariachis prennent le pouvoir.

JOUR 15 – Et ensuite

 

Nous savons que cette marche n’est qu’un début, nous en reparlerons.

Nous avons décidé de transformer les rêves en moulins à vents, nous avons passé chaque étape de la lettre au vivant que Vincent nous confiait à chaque sortie de village et nous brulons plus de cent cauchemars collectés en porte à porte sur le parking de la zone commerciale. Nous nous faisons cueillir par une émotion que nous n’avions pas vu venir. Nous échouons sur la dernière carte tirée par la Calavera.

Avec la carte du « jugement » se pose à nous le fait de venir d’un inconcevable où l’être et le non-être ne sont que lumière indifférenciée. D’être la plus haute réalisation du psychisme, de détenir une pensée devenue enfin androgyne. Le jugement vient nous libérer des limites de l’homme et de la femme. Le cercle de nuages célestes qui nous entoure n’est autre que notre cerveau d’azur éclaté. Le jugement efface pour toujours nos frontières. D’incarnation en incarnation, de transformation en transformation, avec certitude, avec la joie constante, il nous permet d’être ce que nous avons toujours été : émissaire de quelque chose de plus grand. Une question, dès lors : Qu’avons nous à faire ensemble ?

Alors qu’il fallait dire « nous », nous continuons à formuler chaque question sous forme de « je ». Nous ne dégagerons ainsi pas l’horizon, dès lors la route n’est donc pas finie, il nous faut avancer encore, mais profondément nous sentons que nous sommes vivants.