La marche sans visage, sans bruit, sans rien

Un doute partagé

 

Il y a quelques mois, quelques institutions culturelles se retrouvent à la Maison forte avec un constat : nous ne savons plus vers où nous allons, nous doutons du sens de notre intervention et nous ne sommes pas certains de savoir qui sont nos interlocuteurs, leurs attentes. Comme perspective nous dessinons la possibilité d’une marche, sans autre objectif que d’aller à la rencontre. Cette idée est même nommée « le mouvement de Monbalen » et puis, plus rien. Le  Covid certainement…

 

Une don quichotterie pour éviter la folie

 

Samuel Vittoz, responsable du festival de Villeréal, revient quelques semaines après, accompagné de Henri Devier fondateur de la Gare Mondiale à Bergerac. Une idée commune, s’appuyer sur un spectacle en création « Rodez Mexico » de Julien Villa pour mettre en marche cette intention.

L’histoire est simple : Marco jardinier aux espaces verts du grand Rodez apprend la destruction imminente de son pavillon. Début d’une insurrection qui fédère tous les bancales de la place, tous plus géniaux les uns, les autres mais cette insurrection disparaît sous une vague bien plus violente que tout ce que l’on avait voulu voir ou craindre derrière les passes montagnes. Nous découvrons une fable poétique et politique puissante qui nous embarque loin si nous le souhaitons.

 

Une colère à dépasser

 

Nous sommes nombreux à ne plus pouvoir accueillir de publics.

Les lieux de culture sont fermés ? Mais les lieux de culture sont partout, sur les routes, dans les champs, aux carrefours, à nous de quitter nos citadelles et nos bastions.

La culture est en danger ? Mais depuis combien de temps la culture n’est plus dangereuse ?

Il faut rouvrir les lieux de culture au risque même d’instituer les « gestes barrières » ? Est-ce cela un projet culturel ? Alors que l’on nous rebat les oreilles sur l’ouverture des églises, pourquoi ne regarde-t-on pas du côté des universités, là où ce joue le principale drame aujourd’hui ?

À l’heure du Covid, certainement n’avons nous pas grand chose à dire. Nous sortirons néanmoins cette pièce nous la créerons sur les routes, au corps à corps, en bouche à bouche s’il le faut. De porte à porte nous irons rencontrer non les publics, mais des gens comme nous. Nous tenterons d’aller à l’écoute.

 

Quitter les règles du jeu

 

Malgré nous, au gré de nos rencontres en « télé-présence » nous retombons, dans ce que l’on dessine sur un format spectacle, événement, sur un à priori de publics…

Une seule solution : quitter nos fixations, chercher d’autres modalités. Alors nous serons cartographes. Et puis peut-être devons nous penser en terme de jeu, jeu urbain, jeu de rôle.

Il s’agirait de libérer les fantômes d’un territoire et des êtres qui l’occupent grâce à des rêves et à des cauchemars collectés en porte à porte. Des campements font étape sur ce chemin. Pour le passage de point en point, l’écriture collective d’une lettre au vivant, le tirage d’une carte de tarot par et le choix d’une initiative de changement. Cela change nos pratiques, assurément.

Nous avons réussi toutes les étapes sauf la dernière et nous avons échoué à dégager l’horizon. Les rêves deviendront des moulins à vent, les cauchemars ont brulé sur le parking d’un supermarché.

Un axe Bergerac / Monbalen est initié, une première carte du territoire se dessine, nous continuerons de cueillir tous les rêves du village, une fanfare est instituée, une web tv « YA BASTA » démarrera à la rentrée… Tout ceci n’est qu’une répétition.

Et oui, nous pouvions inventer autrement.