Janvier et février, vive le flou

 

 

Au gré de ces écritures, il n’y a plus la culpabilité du retard qui semble s’accumuler alors que, nous nous le disons sans cesse, nous n’avons pas encore un an d’activités. Les chemins se dessinent enfin, de petites maisons prennent forme, l’étrange son des caves résonne, les retours surprise nous étonnent, l’artistique, le flou et les surprises un peu moins, la guinguette devient chercheuse, le code social et la synergie se dessinent pour évolution possible du modèle.

 

Les chemins enfin

Lorsque Johann est venu pour sa première formation au design permaculturel, nous avions bien compris cette idée de zonage. Et puis, nous avons fait l’inverse. Alain a posé son potager vortex au fond de la parcelle car c’est là justement que l’on entend les papillons. Chacun y va de son « bout de faire », nous sommes partis sur l’idée de travailler selon le principe du chemin. Muni d’une débroussailleuse, Sébastien a attaqué ce que personne ne voulait plus imaginer : la forêt de ronces. Désormais, des tunnels, des écotones ouvrent sur une forêt oubliée de l’homme depuis des années, tant et si bien que les chênes ont pris racine sur les roches. Nous avons des passages désormais, un autre paysage et tant d’ouvertures tous azimuts.

 

Les petites maisons

Ce temps de résidence longue est devenue la perspective que l’on souhaite défendre. Car nous avons construit le dispositif d’accueil et nous sommes de plus en plus débordés par ces gens de talent, jeunes souvent, qui cherchent une terre d’accueil quelques temps pour mener à bien leurs expériences. Ces mois donc, Marion et Robin des ateliers de « l’énergie et du temps. » Ingénieurs, ils ne savent pas qu’ils sont artistes, alors on évitera de leur dire, mais leur jeu consiste obstinément à mettre leur vie en expérience. Pour le changement dont on parle, ils ont une hypothèse : travailler la question du temps. Plus on surcharge le temps, plus on consomme de ressources. D’abord ils ont remis en cause l’idée du travail. Travailler moins pour gagner moins, consommer moins de ressources et donc, travailler autrement. Précarité non assumée, non revendiquée, à mener leur petite entreprise : faire partager leurs découvertes, leurs expériences. Deuxième essai, la mobilité. Ils ont construit des TEP (Transports à Energie Positive). Ils ont réinventé la voiture à pédale et traversent la France désormais pour pas grand chose. Une fois encore, ils font mieux, avec moins. Et leur petite voiture questionne le badaud, partout où ils vont. Mais puisqu’ils s’arrêtent quand même, il leur faut une maison désormais, ce sera une Tiny, deux pour être plus précis. Ils s’installent donc ici, et dans le partage, avec nombre d’ateliers participatifs, construisent leurs maisons. Plus avant, planche à planche, ce sont nos conditions contemporaines de l’habitat qui se redessinent. Le rapport au foncier, à la propriété, l’attachement aux fondations, le patrimoine, la transmission. Plus ils construisent, plus nous déconstruisons. Et puis Antoine, passe une semaine sur le chantier et nous pose une graine en tête : pourquoi ne pas construire un hameau léger ? Pourquoi ne pas tout revoir, franchement de fond en comble. En plein chantier, à peine les murs posés, nous sommes tout excités par cette perspective.

 

L’artistique, le flou et ce qui vient

Pas de résidence, sans Jour J. Cette seconde expérience, nous la nommons «Dessine-moi une petite maison ! ». Expériences tous azimuts, et en faire ressortir une ici, plus qu’une autre ne serait pas juste. Simplement s’étonner de la grande liberté de développement, d’Ovni en collisions et des retours multiples. Si l’on continue de nous faire le reproche du flou : « que faisons-nous ? », si certaines propositions sont déroutantes, on nous dit aussi, de plus en plus, venir sans savoir et parfois même accepter de ne pas comprendre. En creux, la condamnation d’un marketing culturel où il faudrait des produits prémâchés pour les déserts culturels, pour ceux pour qui la proposition peut sembler trop exigeante. En fait, dans nos échanges, de plus en plus on est invité à ne rien lâcher, et l’on reconnaît la différence : notre envie de partager. Et parfois, cela semble suffire.

Néanmoins nous constatons que l’artistique prend beaucoup de place dans notre projet. Trop ?  D’autant plus que les projets, les coopérations se multiplient. Quand on ouvre les portes on s’aperçoit vite que les bonnes volontés sont partout, prêtes à agir. Il faut juste ouvrir la porte. Décidément. Dans les tuyaux, une coopérative agro-alimentaire, un cabinet de design de l’Eco ESS, le développement d’une série de jeux coopératifs, la construction d’une modélisation de hameaux légers pour la dynamisation des territoires ruraux, une plateforme collaborative. Les talents sont partout.

 

La guinguette chercheuse

C’était un pari difficile. Ouvrir un bar, le soir, au fond de la campagne, jamais les gens ne viendraient… Alors nous avons profité de ces temps pour aller au bout de certains sujets, certaines découvertes. L’exploration de productions vidéos de gens qui ont décidé d’aller à la rencontre d’alternatives, la découverte des Cagnas – habitats de survie de poilus sur le front – avec Laurent Tixador, revue détaillée des 12 lowtechs testées par le low tech lab dans leur Tiny House durant une année… Mais pourquoi tout cela on ne le trouve pas le vendredi à la TV ? Voilà une autre piste motivante, créer une faculté rurale et joyeuse comme il en existe de plus en plus en France. Peut-être donc désormais un peu moins d’artistique et un peu plus d’éducation populaire. C’est un équilibre à trouver. Et comme d’hab, il faut le temps.

 

Le code social, les fiches missions et la synergie

Pour conclure donc ces quelques mois, une obsession dont nous sommes bien responsables, celle de l’élaboration d’un Code Social, une forme de constitution capable de nous aider à comprendre un cadre commun. Que de temps, d’échanges et de détails ! Nous avançons dans la soustraction, dans la simplification, dans la capacité à poser des paroles claires, de plus en plus. Nous objectivons nos relations grâce aux fiches missions et peut-être parce que, au fond, nous sommes plus dans un usage du code social que dans sa conception hors sol, de plus en plus les talents arrivent, de plus en plus les coopérations, même informelles se mettent en œuvre. Sur cette base alors, nous avançons joyeusement. Pourtant, il pleut encore. Et l’on se dit que nous pourrions devenir virus.

 

B.C

 

Joie : 8/10
Difficulté : 3/10
Fluidité : 9/10
Inquiétude : 5/10
Galère : 2/10
Fatigue : 8/10

INSPIRATONS