COMBUSTIONS

Yann Servoz est compositeur, scénographe, directeur artistique. Son univers est celui des arts forains, du détail de la vie, ceux que l’on ne voit pas à priori, celui de la parole qui crée des territoires inexplorés. Pour cette résidence il a invité son complice Pierre de Mecquenem de la Compagnie La Machine, artiste artificier dont la matière est l’immatériel, la combustion, le feu et le souffle. Ils ont accepté cette rencontre avec une idée simple : ne pas savoir, partir dans une aventure que l’on n’écrirait pas au préalable, mais ça on le ferait ensemble.

Nous avons contacté Yann suite à la rencontre de printemps portant sur « l’atelier solidaire ». Notre idée était qu’ils mettent en scène la forge, c’est à dire l’art de la fabrique, le faire ensemble.

Lors de leur première visite de La Maison forte, il est devenu évident pour eux qu’ils souhaitaient pour cette semaine, mettre en scène la boucle et le feu. La boucle comme base de la composition électronique et peut-être comme sens de la vie, le feu comme un cycle, comme ce qui part pour s’éteindre un jour ou ce qui redémarre, alimenté autrement. Le feu d’abord comme ce qui réunit.

Chaque matin, ils nous ont convoqué dans une ronde, ils ont écouté les enregistrements que nous avions faits de nos amis, des passants de La Maison forte sur le thème de la flamme et du cycle. Chaque jour, dans un mouvement de granitola, où une spirale humaine fait communion entre les êtres, ils ont fédéré notre groupe dans une histoire que personne ne devinait alors. Pourtant, c’était notre histoire qui se dessinait là. Nous avons exploré les sous sols de ce bâtiment vieux de mille ans, certains esprits qui y résidaient, nous ont probablement quitté à ce moment là. Par la poudre, nous avons ouvert de nouveaux itinéraires dans ce lieu et dans ce projet avec les gens du siècle qui vient. Puis nous avons devisé des risques du feu en armant les déclencheurs d’une improbable fête. Au gré des jours, chacun est entré en capacité de faire accueil, différemment au coin du feu. L’énergie montant, quatre jours seulement avant la fin de la résidence, nous avons décidé de faire fête et cent voisins nous ont rejoint auprès des flammes produites par les humains. Les caves sont devenues l’itinéraire de l’histoire que l’on crée, les voix de nos amis raisonaient dans la cour et les sons de Yann ont fait monter une sorte de transe improbable célébrée par un embrasement. Yann et Pierre nous ont alors appris le sens de la maîtrise et la puissance d’un feu collectif. Fin de l’histoire ?

Probablement non, cette invitation, en éclairant le ciel de mille espoirs inscrit une forme de gravité, celle d’être là, désormais agissant. Et puisque la nuit et la vie sont magiques, Julie s’est mise à danser tranquillement auprès d’un braséro oubliant un instant les douleurs de son genoux, Tiphaine s’est connectée aux platines et au cosmos et Henry est arrivé en fin de soirée, ouvrant aux derniers invités son bar à bière mobile. Avec la nuit finissante, nous savions que l’on démarrait une nouvelle histoire. Tout est flamme, tout est cycle désormais.

 

Les découvrir un peu plus :

https://www.1montreurdours.fr

http://www.lamachine.fr/